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dimanche 18 novembre 2012

Darkness there, nothing more...

Le corbeau, Gustave Doré



Parmi les difficultés qu'ont pu rencontrer certains joueurs durant leurs parties d'Achéron, la plus fréquente et la plus compréhensible est la complexité à faire cohabiter les deux visions (celle du Scepticisme et de la Foi) dans un même scénario, sans croiser des incohérences ou ruiner certaines conclusions logiques par des artifices défiant la compréhension.

Rassurez-vous, c'est la base du fantastique romantique et donc, en quelque sorte, le cœur d’Achéron. Cela fait partie des codes du genre et il convient de s'en servir comme d'un outil et non de le prendre comme une difficulté.

Oui, vos Gardiens ont bien vu la silhouette de la Comtesse glisser lentement dans une robe de gaze à la nuit tombée, mais après avoir fait le tour du manoir, elle se trouvera derrière eux, pour leur demander ce qui leur prend d'être encore éveillés à une heure aussi tardive, alors qu'elle n'aurait jamais pu se déplacer aussi vite...
Peut-être ses cheveux seront-ils encore un peu humides, peut-être qu'ils sont persuadé d'avoir fouillé le rez de chaussée et que pourtant, elle semble en venir et que jamais personne n'aurait eu le temps de se couvrir cette distance en si peu de temps.
C'est inquiétant et peu rationnel...Les Initiés jubilent...

Pourtant, à la fin de l'enquête, la solution sceptique gagne du terrain. La Comtesse est bien la meurtrière, ses actes dictés par la vengeance ont tous été scientifiquement expliqués lorsque l'arme des crimes à été retrouvée...
Alors pourquoi semblait-elle être dotées de pouvoirs extraordinaires ?
On ne sait pas et on ne saura jamais...
Ce doute est permis dans le fantastique car c'est lui qui dérange. C'est ce "oui mais..." qui empêchera les scientifiques acharnés de dormir correctement, c'est cette inconnue dans l'équation mathématique qui les a aidé à trouver la solution...

L'introduction d'un fantastique ou d'un mystère diffus ont fait le sel de nombreux livres policiers avec un certain succès, alors qu'ils mettent pourtant en scène des personnages terriblement cartésiens.
Si nous jetons un coup d'oeil à Sherlock Holmes, il se trouve parfois face à des révélations qu'il se garde bien de creuser, en général apportés par un "hasard malheureux", quant à son homologue chinois, le juge Ti, n'est-il pas parfois guidé dans son enquête par un ou deux spectres, qu'il préfère éluder dans ses conclusions ?
Il faut lire dans le Scepticisme une certaine dose de mauvaise foi et d'incapacité de reconnaître que l'esprit humain n'est pas, quelque soit son talent, en mesure de tout expliquer.
Et si eux ne le peuvent pas, personne ne le fera pour eux, cela fait partie de l'inquiétante conclusion de la majorité des nouvelles fantastiques : on ne sait pas comment la clé du caveau de Vera (Contes cruels, Viliers de l'Isle Adams) arrive dans la chambre du comte lorsque celui-ci parle seul en croyant sa femme défunte près de lui, pas plus que le meurtre de la Main d’écorché de Maupassant, n'est élucidé, alors que la terrible main momifiée demeure introuvable.
Il est tout a fait possible que le comte ait gardé la clé de la crypte dans sa chambre, tout comme il est possible que le propriétaire de la main ne soit mort d'apoplexie...Mais personne n'en aura jamais la certitude. Les bruits qu'entends le narrateur du Corbeau d'Edgar Poe sont possiblement tous réalisés par l'animal lui-même. Mais le doute subsiste.

Personne n'a vu le spectre de Véra, personne n'a vu la main d'écorché étrangler Pierre, pas plus qu'un témoin n'a pu entendre le corbeau dire distinctement "Nevermore" au narrateur de The Raven. Mais celui qui a la totalité de l'histoire en tête ne peut s'empêcher se songer à cette solution absurde que l'esprit refuse pourtant d'écarter tout à fait...sauf celui du Sceptique.

La meilleure solution est donc de faire arbitrairement agir le fantastique lorsque vous désirez qu'il intervienne, que vos joueurs le privilégie ou non, mais encore une fois, de manière diffuse et osera t-on dire "douteuse".
Le fantastique ne peut agir contre le Sceptique, mais peut le troubler, le mettre en échec, et c'est ce qu'il s'acharnera à faire, probablement appuyé par les Initiés.
Être face à un personnage Sceptique ne veut pas dire systématiquement étayer tous vos phénomènes par une explication rationnelle, et un Sceptique ne perdra pas sa Conviction seulement parce qu'il a été incapable d'expliquer un phénomène mystérieux.
Il se dira simplement qu'il n'a pas encore résolu cette énigme, mais qu'elle doit avoir une explication tangible. Cette recherche exclura d'office une "solution farfelue" ésotérique et conservera la conviction du Sceptique intacte.
Se réfugier dans l'indifférence ou la recherche frénétique d'une contre-vérité parfois tout aussi absurde sont des mécaniques de défenses mentales courantes pour des Personnages Sceptiques. ("je trouverais, je trouverais !!!") qui pourra d'ailleurs les conduire vers la folie plus rapidement qu'ils ne pensent.

La meilleure solution consiste donc toujours dans une formule simple : si des créatures sont apparues, c'est forcément de la faute d'un être humain qui devra être bien présent dans votre enquête.
Lorsque l'injustice ou la faute dont il est à l’origine aura été puni, fantastique comme rationnel désigneront le même coupable. Chacun pourra en tirer les conclusions qu'il veut, mais l'enquête sera bel et bien close.

samedi 14 avril 2012

La boule de cristal du Maraudeur...

Ca y'est, un de plus pour notre désormais complice régulier : l'e-zine Maraudeur, avec un nouveau beau bébé de plus de 200 pages de JDR...
Vous y trouverez la deuxième partie consacrée aux sciences divinatoires d'Achéron, avec, bonus inédit, quelques dons surnaturels exclusifs pour vos PJs préscients : l'écriture automatique et la transe spirite...
A télécharger avec un paquet d'autres trucs là bas.

mardi 10 janvier 2012

Le Maradeur frappe encore !


Deuxième soutien du Maraudeur pour Achéron avec une aide de jeu exclusive sur la cartomancie, qui répondra, j'espère, à tout ceux qui m'avaient sollicité pour une explication plus détaillée du Don surnaturel du même nom.
L'Aide de Jeu est également utilisable pour tout autre JDR ayant trait à l'ésotérisme et se poursuivra sur le numéro 6 à venir, pour livrer quelques Dons inédits ayant trait à la prescience.

Je vous laisse feuilleter ce bouquin qui en plus d'être formidable et gratuit et téléchargeable ici

Pendant ce temps, de l'autre côté du voile de la réalité, d'effroyables scénarios sont en phase de remodélisation...

lundi 19 septembre 2011

Une nouvelle Enquête disponible !

Qui vous plongera dans la région de Mirepoix (Ariège), dans l'enceinte d'une maison teinté d'une douloureuse histoire.
Secrets de famille, faits étranges et ambiance fermée pour ce scénario complet de Laure "Coraline" André, illustré par Fabien Fernandez.
L'enquête, téléchargeable dans la Bibliothèque (Rubrique Téléchargement) est un tout en un, avec des personnages prétirés déjà fourni avec le jeu.
Puisqu'une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Achéron aura bientôt sa rubrique dans la Scénariothèque, la fameuse réserves de scénarios et d'aide de jeu en ligne.

samedi 13 août 2011

Le Spiritisme 2/2


Les séances de spiritisme peuvent apporter un plus lors de vos parties, à condition qu'elles ne soient pas de simples moyens "techniques" de glaner des informations pour les joueurs à court d'idées. Le spiritisme peut-être, dans Achéron, aussi dangereux qu'utile puisqu'il s'agit ni plus ni moins de canaliser le Substrat présent pour tenter de "capturer" un esprit présent et de le contraindre à répondre à une question.

Un séance de spiritisme peut prendre plusieurs heures et doit être minutieusement préparé par le maître de cérémonie (La Compétence Ésotérisme (Spécialité : Spiritisme) est la plus adaptée, mais un bon sens de la mise en scène peut suffire (Comédie)).
Le nombre réduit de sources de lumières (une lampe ou une bougie posée au centre de la table), l'isolement, le fait de fermer les issues et le silence de la pièce seront autant de facteurs qui pourront augmenter les chances de réussite de la séance.

La méthode

Il existe différente méthodes pour tenter de "contacter les esprits": la plupart utilise des objets physiques ou capteurs, pour éviter que l'esprit invoqué ne se manifeste directement à travers le médium.
Les méthodes les plus fréquemment utilisées sont :

- La clairvoyance ou la clairaudience : Durant la séance, l'esprit se manifeste uniquement au médium en apparaissant ou en susurrant à l'oreille de celui-ci. Évidement, il s'agit des méthodes les plus contestées par les esprits sceptiques, puisqu'hormis le voyant, personne d'autre n'est en mesure de communiquer avec l'ectoplasme ainsi invoqué.

- Le Ouija : Le Ouija est une planchette de bois sur laquelle sont inscrits les chiffres arabes et les lettres de l'alphabet. On interroge l'esprit à l'aide d'une "goutte", un morceau de bois au bout pointu, qui formera, en indiquant les lettres, les mots que l'esprit veut communiquer.
Lors d'une séance de Ouija, tous les participants doivent toucher la goutte du doigt et la maintenir fermement : il est dit que si elle cherche à quitter la planche, l'esprit tente de s'échapper et nuira probablement aux membres de la cérémonie.

- La table tournante : Les tables tournantes permettent à l'esprit de se manifester en agissant physiquement sur le guéridon qui sert de "capteurs". Ses évolutions, défiant parfois les règles de la physique lorsque les objets se mettent à voler dans la pièce, seront ses moyens d'expression. Les séances de table tournante utilisent également la méthode de l'esprit frappeur : les coups sourds qui résonneront dans la pièce ou sur le guéridon, permettront également à l'entité invoquée de se manifester (un coup pour "oui", deux coups pour "non" ou tout autre code défini, en début de cérémonie, par le médium). Lorsque la séance échoue, il se peut qu'un poltergeist se forme : l'esprit, incontrôlable, peut alors se manifester de manière violente et dangereuse.

- L'apparition : Cette méthode permet au médium de matérialiser brièvement l'esprit ou une partie de lui (un visage, une main, un corps). Celui-ci n'est alors pas doué de parole, mais par ses gestes ou ses actes peut intervenir directement pendant la cérémonie. L'apparition est la méthode la plus spectaculaire, mais peut se révéler très dangereuse et moralement éprouvante pour les témoins, en particulier si l'apparence de l'esprit est effrayante.

- La glossolalie : Cette méthode, probablement plus risquée, transforme le médium lui-même en capteur. L'esprit investit alors son corps et s'exprime en utilisant ses cordes vocales. S'il s'agit d'une technique particulièrement efficace pour communiquer avec l'au-delà, les risques pour le médium sont importants, notamment parce que si l'esprit est suffisamment fort, il peut sérieusement blesser voire investir définitivement son corps d'accueil.

Esprits pernicieux et bons esprits...

Le spiritisme divise les esprits en trois catégories (Purs, Bons et Imparfaits, voir article du 6 Mars 2011) et c'est au Passeur de définir, en fonction du succès de l'opération et de l'intérêt pour l'enquête, de choisir sur quelle entité vont tomber les PJs pratiquant une séance réussie de spiritisme.

- Si les personnages savent quel esprit ils veulent précisément convoquer, le Seuil de Difficulté sera plus élevé, mais ils auront moins de chance d'appeler un esprit pernicieux, désireux de profiter de la situation, à moins que celui-ci ne soit directement lié à la cible de la cérémonie.

- Si les personnages l'ignorent, mais se trouvent dans un lieu fortement imprégné de Substrat (Le lieu d'un drame, la demeure d'une personne décédée, un lieu de culte...), la cérémonie a de plus grande chance de fonctionner et d'attirer un esprit lié au lieu. Le Passeur devra alors baisser le Seuil de Difficulté de la séance et faire apparaître un esprit bon ou pernicieux, à sa discrétion.

- Si les personnages l'ignorent et se trouve dans un lieu "sécurisé" (la demeure du maître de cérémonie ou d'un des participants etc.), le Seuil de Difficulté doit être augmenté et l'esprit convoqué sera plus souvent un esprit neutre ou bénéfique. Cependant, si un des participant est Hanté, poursuivi par une entité maléfique ou protégé par une de ces entités, il y a de forte chance pour que ce soit celle-ci qui apparaisse. Il est également possible que cet esprit améliore ou nuise à la cérémonie, en prenant la place de l'esprit initialement invoqué.

Un esprit imparfait ne tentera pas systématiquement de corrompre le médium, mais sera toujours nuisibles, ne serait-ce qu'indirectement, en émettant un surplus de passion, de violence ou de peur dans l'atmosphère, lorsqu'il ne tentera pas directement de s'en prendre physiquement aux participants.
Cependant, la durée de vie d'un esprit invoqué lors d'une séance de spiritisme est très courte : à moins d'avoir possédé une personne, il disparaîtra au bout de quelques minutes seulement.
Les esprits purs, quant à eux, peuvent intervenir plus régulièrement pour venir en aide au médium : ils laisseront par exemple tomber un livre important juste devant lui pour lui indiquer quelque chose, lui fourniront mystérieusement la clé d'une porte ou lui déconseilleront de prendre un chemin par apparition irrégulière. A la différence du Don Surnaturelle "Ange Gardien", le fait d'avoir invoqué un esprit pur ne fonctionne que pour un objectif précis (la résolution d'une enquête par exemple). L'esprit abandonnera ensuite le médium à lui-même.

La controverse.

Aucune pratique n'a été autant décriée au XIXe siècle que le Spiritisme, probablement parce qu'aucun pratique ésotérique n'a connu autant de popularité (les cercles spirites français, notamment à Lyon, ont eu une influence assez forte sur la vie politique locale et les journaux spirites avaient des tirages rivalisant avec certains quotidiens nationaux.)
De nombreuses commission d'études se sont spécialisés dans "la chasse aux canulars" et la dénonciation du "charlatanisme spirite", avec parfois, des résultats douloureux pour la communauté d'adeptes, lorsque la lumière fut mise sur certains subterfuges douteux.

Un PJ sceptique sera donc une véritable plaie pour une séance de spiritisme et sa seule présence peut justifier qu'elle échoue, en partant du principe que celle-ci est uniquement basé sur les croyances et l'impressionnabilité de ses membres.
Cependant, au XIXe, certains scientifiques, à l'esprit pourtant résolument cartésiens, se sont intéressés de près au spiritisme, jusqu'à lui prêter foi : les études sur les capacités de l'âme humaine n'étant pas forcément incompatible avec la notion de périsprit définie par Kardec.
Charles Richet, physicien et médecin, s'est intéressé de près à la notion d'ectoplasme, qu'une frange de la communauté scientifique à considéré comme une source d'énergie potentielle, obtenue à base du psychisme humain. Il n'est donc pas inconcevable qu'un personnage sceptique épouse cette théorie, même s'il altérera évidemment la forme des manifestations des esprits.

mardi 12 avril 2011

Good Lord, Edmond ! Des français !


Disponibles pour vos enquêtes dans les salons parisiens ou les terres reculées du littoral breton, les nouveaux PJs "frenchies" sont disponibles en téléchargement !
Les amateurs éclairés reconnaîtront, outre la célèbre Louise Rouget, le non moins fabuleux inspecteur Murinot, que ceux qui avait déjà poursuivi l'Etrange Professeur Hengelmann connaissent sûrement....
Pendant ce temps, l'Empereur lui-même fait construire les Buttes Chaumont, qui deviendront le haut lieu de l'ésotérisme parisien....Étonnant, non ?

dimanche 20 mars 2011

Low lie, the fields of Athenry


En vue du prochain scénario à sortir (Les Larmes de la Banshee), voici un petit supplément de contexte pour les petits curieux désireux de se pencher sur l'un des épisodes les plus tragiques du XIXe siècle, qui servit d'inspiration à de nombreuses histoires irlandaises, mais aussi est surtout à des compositions poétiques et musicales: la Grande Famine (1845-1852), dite aussi The Blight ou An Gorta Mor, en anglais et gaélique dans le texte.
Elle donne un avant goût de la politique menée par l'Angleterre de l'époque sur ses "colonies" et peut directement ou non, servir de base pour un nombre certain de scénarios.

My Son, never trust an englishman...

Il n'est secret pour personne que les relations entre l'Irlande et l'Angleterre ne furent jamais au beau fixe et que la présence britannique sur l'Eire fût toujours contestée, en particulier par une aristocratie irlandaise catholique peu encline à se soumettre aux lois de dirigeants protestants.
En vue de minimiser le pouvoir des nobles locaux, Oliver Cromwell fit passer, à la fin du XVIIe, une série de lois visant à fragmenter les terres et donc les revenus des propriétaires terriens. Parmi toutes une kyrielle de décrets discriminatoires à l'égard des catholiques, le Property act fût le plus perfide, car il contraignait les possesseurs de terres arables à les diviser équitablement entre chacun des fils du propriétaire, en lieu et place de les léguer au fils aîné. Inexorablement, les parcelles rétrécirent avec le temps et beaucoup de grandes familles furent réduites à exploiter des terrains de plus en plus petits.

Rapidement, les exploitations incapables de s'adapter furent rachetées par les landlord anglais et les anciens fermiers se convertir en main d'œuvre à bon marché. Désormais locataires sur leurs propres terres, les paysans irlandais se retrouvèrent dans une précarité de plus en plus latente : les expulsions et les ventes forcées se firent de plus en plus courantes, faute de pouvoir payer les loyers demandés.
Le grain cultivé (essentiellement du blé) et le bétail étaient envoyés en Angleterre pour y être vendu par les landlords, tandis qu'eux même cultivaient la pomme de terre (nécessitant peu d'espace et suffisamment nourrissante). Cet équilibre précaire qui permettait souvent à peine à rembourser le loyer, allait s'effondrer au cours du XIXe siècle, lors de l'arrivée du mildiou, ce parasite venu des Etats-Unis, qui causera la destruction de la quasi-totalité des récoltes de pommes de terre en Europe du Nord.

La grande famine

Outre la politique coercitive des propriétaires anglais, c'est la gestion générale de la crise qui eût une répercussion désastreuse sur l'Irlande et dans une moindre mesure l'Ecosse (plus particulièrement les Highlands).

A l'arrivée du mildiou (vers 1840), plusieurs pays connurent une crise sans précédent : la Prusse, la Belgique et même les Flandres françaises subirent de plein fouet la propagation de l'épidémie et les cas de famines ne furent pas cantonnés à l'Irlande même, mais jamais la population locale ne fût traitée avec aussi peu de considération que dans les zones "coloniales" de la couronne britannique.
Sous la pression des marchands de grains et des armateurs, les ports irlandais restèrent ouverts et l'Angleterre continua ses exportations de nourritures (augmentées, naturellement par la crise du mildiou européenne). Des convois entiers de grains, réservés à la vente, partaient régulièrement vers la capitale britannique, alors que dans les campagnes, la famine gagnait du terrain.
Aveugles à la gravité de la crise, les landlords continuèrent les expulsions et les abus de pouvoir.

Devant la recrudescence du banditisme et des menaces de révoltes, la couronne réagit avec virulence, multipliant les exécutions publiques, les interventions militaires et les condamnations lourdes : la plupart des irlandais convaincus d'avoir tenter de saisir les biens de landlord furent envoyés en grand nombre réaliser des travaux forcés en Australie où beaucoup trouvèrent la mort.
Les convois de nourriture en partance pour le continent était également systématiquement escortés par l'armée.
L'unique alternative laissée par le gouvernement étant contenu dans les "Poors Law" (Lois sur les Indigents de 1838), aucune aide financière ne fût fournie aux victimes, qui devaient se résoudre à travailler dans les sinistres "workhouse", aux conditions de travail désastreuses, contre un repas quotidien. Les workhouse, dépassées par le nombre d'affamés, participèrent à l'émigration de leurs "pauvres" vers des contrées plus clémentes comme les Etats-Unis et le Canada.
Le manque de nourriture et le nombre dramatique de décès entraînèrent la déclaration d'un nombre croissant d'épidémies qui ne purent être traitées à temps ou ne serait ce que maîtrisées : des zones entières furent désertées ou tout simplement décimées par ces accumulations de fléaux. Des bandes de pillards affamés, malades, sillonnaient les routes irlandaises à la recherche de la moindre nourriture, sans avoir plus rien à perdre.

La famine atteignit son point culminant en 1847, lors de fortes chutes de neiges sur les régions les plus sinistrées. Les aides américaines vinrent trop tard pour endiguer la situation, car elles ne servirent qu'à distribuer de la nourriture à bas prix, que la majorité des victimes ne pouvaient même plus s'offrir. L'Angleterre, qui bénéficiait de la plus grande réserve de nourriture d'Europe ne se décida qu'à partir de 1848 à organiser des distributions de "soupes populaires".

Conséquences de la famine

Hormis la recrudescence de la pauvreté et de l'insécurité en Irlande, la Grande Famine causa plus d'un million de morts en Irlande durant les six années "actives" de la crise, laissant une région sinistrée et brisée, consciente d'avoir été "abandonnée" par le pouvoir en place.
C'est donc le renouveau d'un nationalisme irlandais, qui s'était progressivement endormi, qui fera surface, à la sortie de ces temps funestes, prêt à en découdre avec les "envahisseurs" britanniques. Inspirés par les révoltes populaires françaises, notamment celle de 1848, les intellectuels irlandais, partis étudier à Londres ou à Paris, reviendront après le drame et donneront naissance, quelques années plus tard (et après l'échec de la révolte menée par le groupe Young Ireland), au mouvement Fenian (mouvement indépendantiste violent) et à la Irish Republican Brotherhood.

La dernière conséquence, et non des moindres, est la gigantesque diaspora des irlandais fuyant la famine en direction des Amériques (notamment le Canada et les Etats-Unis). Mal reçus par les "natives" et corvéables à merci, leur destin n'aura rien d'enviable, d'autant plus qu'une majorité d'entre eux participeront à la guerre de Sécession qui éclatera quelques années plus tard. Pourtant, une solide communauté irlandaise commencera à prendre racine outre-atlantique et deviendra un soutien économique indispensable aux velléités d'indépendance de l'Irlande.

Le drame de la Grande Famine, s'il est assez peu relaté dans la presse britannique (tout du moins à ses débuts), fait grand bruit en Europe, où l'on s'indigne du comportement anglais. Les irlandais y gagneront une sympathie de la part des autres pays occidentaux et certains intellectuels et politiques s'éprendront de ce nouvel idéal d'indépendance pour lequel ils prendront cause.

Utiliser la Grande Famine dans Achéron

Voilà encore un point d'histoire qu'il est relativement simple d'exploiter pour vos futures parties, en plus, bien évidemment, du scénario qui sera publié après la convention de Caen.

Sur place, le simple climat de famine et d'épidémie se suffit à lui-même pour générer une situation angoissante à souhait : entre les scènes effroyables de malheureux décharnés, errant sur les routes à la recherche de nourriture et les villages fantômes, vidés par la maladie, il y a probablement de quoi provoquer des moments de frisson.
Sans compter que l'explication historique de la famine ne satisfera peut-être pas les Initiés les plus acharnés : malédiction ? Diablerie ? Toutes les hypothèses sont envisageables, à moins qu'il ne s'agisse du crime involontaire d'un landlord avide de terrains bon marché, désireux de vider ses terres de ces encombrants "mangeurs de patates" ou l'accident de parcours d'un scientifique dément ?

Les conséquences peuvent également avoir lieu en d'autre lieux et prendre une teinte moins franche : derrière la série d'attentats qui ont lieu dans les rues de Londres, n'y a t-il pas une raison que les PJs seraient en mesure de découvrir ?
A moins que l'émigration massive de ces gens fuyant des terres sinistrées ne vous donnent plus d'idée : les voyages en bateau n'ont rien de vraiment tranquilles à l'époque et il est plus facile pour un individu louche de se camoufler dans une masse importante de personnes en déroute.

Je vous laisse avec en toile de fond un petit air de musique en rapport, juste pour la frime (vous trouverez les paroles tout seuls, vous êtes grands...)

dimanche 6 mars 2011

Ouverts à quelque immense aurore, De l'autre côté des tombeaux Les yeux qu'on ferme voient encore…


Communiquer avec les morts est une des obsessions les plus récurrentes chez l'être humain depuis l'aube des temps et le XIXe siècle n'a pas échappé à la règle. Vous l'avez deviné, petits fripons avides d'horreurs en tout genre, nous allons évoquer un phénomène à la mode de l'époque : le Spiritisme.

Esprit, Y es tu ?

Les pratiques médiumniques consistant à appeler les esprits des défunts sont légions depuis l'aube de l'humanité : chamanisme, nécromancie ou spiritisme, autant de noms pour signifier ces sciences divinatoires aussi inquiétantes que fascinantes, permettant d'ouvrir brièvement la porte du royaume des morts en vue de dialoguer avec ses habitants. Il serait vain et même absurde de vouloir en déterminer l'origine exacte, puisque chaque civilisation s'est intéressé à ce vaste sujet, d'une manière ou d'une autre et que si la forme diffère, le fond reste identique : des vikings normands aux prêtres shinto, il n'est aucune nation n'ayant pas eu recours à ce procédé.

On s'accorde toutefois que ce sont les Perses, essentiellement les Assyriens et leurs rivaux, les Babyloniens, qui pratiquèrent en premier les formes les plus codifiés de la nécromancie, dans le sens où on l'entend en occident : les prêtres manzazuu invoquaient les esprits des morts (les etemmu) pour les interroger sur le destin, déjà "écrit" dans l'Au-delà.
Ces méthodes influencèrent sans doute l'Egypte antique, résolument tournée vers le Monde des Morts puis les pratiques greco-romaine, changeant évidemment de nom et de forme.

L'art "nécromantique" parfois dit "nigromantique" (par déformation latine) revêt jusqu'au XIIe ou XIIIe siècle, une image plutôt neutre, malgré son coté inquiétant : Ulysse en fait usage dans l'Odysée, à l'aide des formules de l'étrange magicienne Circé et Apulé parle avec un certain respect du terrible devin Zatchlas, capable de faire brièvement revenir un mort à la vie.
C'est avec la Bible que les choses évoluent sensiblement, montrant la nécromancie sous un jour beaucoup plus sombre : ouvrir le domaine des esprits, c'était donner pouvoir sur Terre aux démons qui l'habitaient. Les nécromanciens comme la sorcière d'Endor qui permet au roi Saül de communiquer avec le prophète Samuel, conduisent indirectement à la perte de ceux qui les consulte et à leur damnation.

Condamnée sur les territoires chrétiens, la consultation des morts se drape dans un robe plus ténébreuses et s'accompagnent de termes peu flatteurs : commerce avec les démons, profanation de sépultures, pacte avec le Diable.
Pourtant, elle survivra malgré tout dans les hautes sphères de la société (plus que chez le peuple), secrète, cachée du regard de l'Eglise : les procès condamnant ces pratiques furent même légion durant la fin du Moyen-âge et la Renaissance dans l'aristocratie et au sein même du clergé.

Mais c'est au XIXe siècle que cette pratique divinatoire retrouvera une nouvelle jeunesse, grâce à la popularité de l'histoire des sœurs Fox aux Etats-Unis, dans la bourgade de Hydesville (Etat de New-York) : on se fascina rapidement de cette histoire de jeunes filles communiquant avec un esprit errants en utilisant le système des accoups, de grands bruits à l'origine incertaine, donnés sur les parois de la maison. Le coup de théâtre fût la découverte d'ossements et de cheveux humains sous la demeure de Fox, trouvés d'après les indications de l'esprit.
Le phénomène fit chorus et le spiritisme connu une seconde naissance parmi les milieux mystiques et érudits du monde occidental.

De la pratique à la doctrine

L'intérêt croissant du public américain pour ce fait divers hors du commun déboucha sur la naissance d'un courant religieux intégrant des notions du christianisme (avec la présence de Dieu notamment) et la possibilité que les "esprits" des morts puissent communiquer avec les pratiquants par l'intermédiaire d'un médium (un spirite) : en se débarrassant de son enveloppe charnelle, l'âme d'un défunt pourrait accéder à d'autres sphères du savoir et serait en mesure d'aider les vivants par un enseignement spirituel, relayé par le médium. Ces esprits, appelés "esprits guides", "Guidants", "Anges gardiens", selon la fonction qu'on leur a accordé, seraient également détenteur du message de Dieu sur Terre, ayant quasiment atteint un statut de saint, libérés du fardeau de leur vie mortelle (on peut rapprocher cela de certaines doctrines bouddhiques qui ont sans doute influencer cette démarche spirituelle).

Plongeant leur recherches dans les travaux de Mesmer (le père de la technique du "mesmérisme" autrement appelée la "radiesthésie") et les théories de Swendenborg, les spiritualistes commencèrent à établir les bases de ce nouveau mouvement mystique.
Combinant les transes médiumniques mésmériennes et les notions théologiques de Swendenborg, pour qui l'Au-delà se composait en strate plus ou moins proches de l'Enfer ou du Paradis où errait les esprits, les spiritualistes codifièrent , notamment grâce à Andrew Jackson Davis (auteur de The Principles of Nature, Her Divine Revelations, and a Voice to Mankind[, qui fût, selon ses dires, dicté par les esprits), les premiers principes de leur doctrine.

Fait intéressant, on remarquera que le spiritualisme donna la part belle aux femmes, naturellement plus aptes à rentrer en transe selon les pratiquants (les défenseurs de la psychiatrie diront tout simplement que l'hystérie est un mal plus répandu chez les individus de sexe féminin.): Cora Hatch, Achsa Sprague, Florence Cook ou Emma Hardinge Britten furent les médium les plus marquantes de leur époque et une majorité d'entre elles furent d'ardentes militantes pour le droit des femmes (Achsa Sprague fût même abolitionniste). Pour la première fois, elles pouvaient prétendre à avoir voix au chapitre dans des assemblées mixtes. Les plus sceptiques les plus chagrins supposent également que le fait que de jolies jeunes femmes se donnent ainsi en spectacle avait pu jouer sur la fascination du public et faciliter la transmission d'un certain message...
La Guerre de Sécession et son cortège de morts fit exploser la popularité du spiritualisme aux Etats-Unis et les démonstrations impressionnantes influencèrent l'Occident : Londres, Saint-Petersbourg, Paris, les mouvements spirites poussèrent comme des champignons, intégrant des éléments culturels divers qui donnèrent un cachet particulier au spiritisme européen.

En France, c'est Allan Kardec (de son vrai nom Leon Rivail) qui lancera le mouvement spirite (dont la capitale restera très longtemps Lyon), notamment par le biais de son Livre des Esprits, dans lequel il présentera les concepts de "périsprit" et de "spiritisme" qui auront une influence sur l'aliénisme et la "psychiatrie moderne", notamment en redonnant un rôle au subconscient et à l'hypnose pour tenter d'atteindre le subconscient : le kardécisme connaît un succès immédiat, y compris dans les salons bourgeois intellectuels, auprès d'une frange de la communauté scientifique jusqu'à Napoléon III en personne.

Selon Kardec, l'être est divisé en trois parties : le corps physique, l'esprit (le caractère d'une personne, son intelligence etc.) et le périsprit (qui constitue le souffle vital).
Au décès d'une personne, le corps se dissout et l'esprit reste animé par le périsprit éternellement. Cette âme désincarnée a alors toute latitude pour s'élever vers la connaissance et la perfection, ou reste dans les sphères inférieures de l'Au-delà. Leurs réincarnations successives sont de nouvelles chances de faire progresser leurs vertus morales par une amnésie partielle survenant à la renaissance, à l'instar de la métempsychose asiatique, même s'il est possible qu'un esprit ne se réincarne pas.

Convoquer un esprit n'est pourtant pas sans risque. Kardec les divise en trois catégories, de la plus bénéfique à la plus néfaste :

- Les esprits purs ont atteint un état de connaissance suprême et n'ont plus besoin de réincarnation. A l'instar des bodhisattvas bouddhiques, ils restent sur le monde terrestre pour aider les êtres vivants à atteindre la Connaissance. Ce sont communément les "Anges gardiens" des récits spirites.

- Les bons esprits sont ceux qui se sont décidé à aider les vivants par les moyens qui sont à leur disposition : un esprit bienveillant aidera physiquement le spirite qui lui demande de l'aide, un esprit savants développeront les talents intellectuels du spirite dans un domaine (science, art...), un esprit sage permettra au spirite de développer ses vertus (calme, humanisme etc.) et un esprit supérieur favorisera son approche de la Connaissance universelle.

- Les esprits imparfaits en revanche sont ceux qui sont encore trop attachés à leurs passions (colère, amour charnel, violence, domination...) et résolument tournés vers leur propre intérêt. Les vicieux tenteront de corrompre le spirite, les légers les entraîneront vers l'inconséquence, la débauche et l'oisiveté, les faux-savant proféreront des enseignements mensongers, les perturbateurs provoqueront bruits, fracas et tourments sans raison valable et les esprits neutres seront bien trop attaché à leur ancienne incarnation pour acquérir un état serein.

Influences et controverses sur le Spiritisme au XIXe

Les valeurs du spiritisme sont essentiellement humanistes et universalistes (de fait, elles mêlent de nombreuses notions métaphysiques émanant de plusieurs religions différentes): elle visent à rendre l'être humain meilleur par la connaissance et son partage, mais aussi par le travail du développement personnel.
De fait, il s'est répandu dans de nombreux milieux, y compris scientifiques, par son aspect de "foi logique" ou "matérialisme métaphysique" : le spiritisme réfute en effet les "miracles" et les "inexplicables" des religions traditionnelles en tentant d'y apporter réponse par l'intervention ou la volonté des esprits.
L'être humain étant, selon le dogme, sujet à l'élévation spirituelle et donc à l'évolution, on ne s'étonnera pas que le mouvement spirite ait soutenu le darwinisme et les mouvements pour l'évolution des droits des femmes, l'abolitionnisme ou encore le socialisme et l'anarchisme, dans certains cas extrêmes.
L'intérêt porté à la notion du périsprit a donné matière à réflexion aux aliénistes, notamment en France, avec l'école de la Salpêtrière, dont Charcot, le père de la psychanalyse, est une des figures de proue. Pour Charcot, hypnose et transe favorisent la compréhension du subconscient, et l'écriture automatique des séances spirites fût très utilisés en psychanalyse.

Pour autant, la multiplication des médiums, leur influence parfois excessive sur les sphères financières ou politique vont parallèlement faire naître un scepticisme farouche : plusieurs opposant dénonceront les subterfuges ou trucages d'un nombre croissant de charlatans et le coté théâtral, parfois outrageusement poussif, de certaines séances de spiritisme n'aura rien pour plaire aux membres des académies de science.
La médecine également affirmera que les transes médiumniques favoriserait la dégradation des esprits déjà fragilisés, déclenchant crises d'hystérie et délires hallucinatoires. La majorité des savants du XIXe siècle s'opposeront farouchement aux velléités scientifiques des spirites.
De même, bien que puisant ses sources dans le christianisme, le spiritisme voit en l'Eglise un adversaire féroce : le Vatican condamne cette pratique, qu'il juge comme étant une "forme moderne de nécromancie" et se rapprochant furieusement du commerce avec les forces du Malin.

(Suite prochainement sur les pratiques du spiritisme et quelques conseils d'utilisation dans Achéron)

lundi 21 février 2011

"La balle est folle. La baïonnette sait ce qu'elle fait." (Souvorov)



Ne nous le cachons pas, les joueurs trouvent toujours un moyen d'en venir aux mains en cours de partie, avec de malheureux PNJ qui n'ont parfois rien demandé.
Très sollicités pendant ces périodes de guerre, de conflits sociaux et de luxe, les armuriers de l'époque ont développé des trésors d'ingéniosités dont voici quelques exemples originaux : quitte à faire parler le fer et la poudre, faites le au moins avec classe, nous sommes au XIXe que diable !

La canne épée

Contrairement aux idées reçues, la canne-épée ou "canne fourrée" n'est pas l'apanage du XIXe siècle car son usage se retrouve dès le XVIe de manière anecdotique et surtout à la fin du XVIIIe, en particulier en France, après la Révolution, lorsque toutes les armes furent confisquées.
Au XIXe, elle connaît un certain succès chez les "raffinés" et les dandies, qui ne peuvent se résoudre à porter l'épée, vulgaire symbole belliqueux, sans pour autant mettre de cotés les "imprévus" (les rues, le soir, sont loins d'être sûres) et les "points d'honneur" (Les duels) : Rimbaud lui même se serait compromis à frapper, ivre, le photographe Etienne Carjat avec la canne-épée de son ami Albert Merat.
La popularité de l'arme, qui peut également revêtir des trésors d'élégance et s'accommoder facilement avec un costume de ville, puisqu'elle est invisible, ira croissant et subsistera dans les milieux bourgeois jusqu'au début du XXe siècle.

La majorité des cannes-épée dépassent rarement les 80cm (taille standard d'une canne ordinaire) et se compose d'un étui creux (en noisetier, bois de Malacca ou bambou pour les plus fréquents, en argent, ivoire ou ébène pour les plus chics) et d'une lame rigide en acier inoxydable, d'une cinquantaine de centimètres. Le système de fermeture est "simple" (il libère l'arme sur une pression), "double" ou à "torsion" (il faut dévisser le manche pour sortir l'épée du fourreau) pour éviter les accidents malencontreux.
On retrouve différents modèles de poignées et d'étui, du plus modeste au plus élégamment sculpté, comme, somme toute, une canne de marche de l'époque. Des cannes-sabre et des cannes "dard" (avec une pointe jaillissant à l'extrémité) étaient également courantes.
Chose notable : les femmes les plus aventurières pouvaient porter la canne-épée, qui était également rentrée dans les accessoires de mode.

Les armes à feu personnelles

Si les Etats-Unis multiplièrent les améliorations révolutionnaires dans le domaine des armes à feu, l'Europe, elle, s'est longtemps contenté des modèles plus traditionnels.
Objets de collection, de luxe et de défense, les armes à feu sont très demandées après la première révolution industrielle et les armuriers ne chôment pas.
Les premières innovation ont lieu vers le début du siècle, lorsque le salpêtre, instable et sujet à l'humidité, est remplacé par les poudres fulminantes, plus explosives : c'est l'apparition des premières "platines à tube", dont le chien heurte de petites capsules en laiton remplies de fulminate et déclenche l'explosion qui propulse le projectile (la munition) préalablement chargé par le canon.
Le principe conduit à la création d'une des armes personnelles les plus répandue en Europe : la "poivrière", muni de plusieurs canons rotatifs, chacun armé de leur propre capsule de fulminate : un simple mouvement de poignet (comme si l'on tournait une poivrière) suffisait donc à recharger l'arme. Les accidents n'étaient cependant pas rares : le fulminate étant très explosif, plusieurs capsules pouvaient exploser en même temps, libérant toutes les munitions stockées dans les canons d'un seul coup.

Le pas vers le barillet automatique, le "revolver", sera fait par le fameux Samuel Colt en 1837 et connaîtra un succès retentissant aux Etats-Unis, mais restera "marginal" en Europe, où il sera considéré comme un objet de luxe. On le déclinera en traditionnel "six-coup" mais également en "trois coups" pour les modèles réduits ou cinq pour les balles d'un calibre plus important : les armuriers auront de toute manière, tout loisir pour arranger les armes sur demande.

D'autres modèles de pistolets, comme le "Volcanic" dont le rechargement de l'arme se fait par activation d'un levier situé de la gâchette que l'on abaisse rapidement, connurent moins de succès (le seul modèle ayant réellement percé étant la carabine Winchester).

Y'en aura pour tout le monde !

Il est difficile de quantifier la totalité de modèle d'arme de défense individuelle qui ont été produites durant tout le XIXe mais il est certain que les progrès de l'industrie, de l'économie, les problèmes de sécurité intérieurs et extérieurs des grands pays industrialisés voire même la mode en ont probablement fait l'âge d'or des armes à feu. Miniaturisation des armes sous formes de cannes, de montre, de bague, de crucifix, rien ne semblait arrêter l'imagination des armuriers et de leurs clients, qui semblaient vouloir allier luxe, modernité et sécurité dans le même objet : François-Joseph, Empereur d'Autriche, se fit également fabriquer l'un des tout premier modèle de pistolet automatique à chargeur mobile, dont il ne se servit jamais, mais fit plaquer d'or et de pierres précieuses.

Pour vous donner une idée et pour finir, un petit lien sympathique vers ces créations bizarres qui ne manqueront pas de vous donner des idées pour vos futures parties.
(Mention spéciale pour la "Femme-fatale" et le "Pistolet crucifix" dignes des plus grands moments de pulp...)

mardi 15 février 2011

"Pistolets pour deux, café pour un seul"


Voici le premier d'une petite série d'articles de contexte, qui vous permettront, je l'espère, de rentrer un peu plus dans l'ambiance XIXe d'Achéron et y ajouter un peu de grain à moudre à vos parties.
En premier lieu, jetons un coup d'oeil à une pratique encore fort répandue à l'époque, le duel de gentlemen...

"Monsieur, sur le pré !"

Si les pièces de théâtre de vaudeville et les chansonniers ne cessent de railler le ridicule de la frénésie de duel qui saisit l'Europe entière au tournant du XIXe, on peut se demander pourquoi des hommes de lettres et d'esprit tel que Hugo, Dumas, Ledru Rollins, Gambetta ou Lamartine se sont risqués sur le pré pour des motifs parfois véritablement futiles (certains, comme Pouchkine ou Alexander Hamilton, y trouvèrent même la mort).

Rémanence de l'Ordalie, le jugement de Dieu, le duel prend une signification plus lourde de sens au siècle du Progrès.
Entré dans les mœurs de la bourgeoisie et de l'aristocratie, le duel (à l'épée, au sabre et le plus souvent au pistolet) est le garant de l'honneur et de la parole : on y fait preuve de sa bonne foi en hésitant plus à risquer sa vie pour un mot donné, quel meilleur crédit alors y apporter ? Outre les maris bafoués ridiculisés au théâtre, c'est surtout les auteurs, les militaires, les politiques et les journalistes qui sont les plus "friands" de duel, symbolisant l'engagement complet de leur parole.
Respectant le "Code du Duel" de Chateauvillars, les hommes s'affrontent devant témoins (deux pour l'épée, quatre pour le pistolet et le sabre), après avoir respecté un procès verbal établissant les raisons du duel. L'offensé y choisit les armes et l'on définit les conditions de victoire, souvent au premier sang.
Le code comprend même les détails des handicaps : un manchot doit être affronté avec une main attachée dans le dos...

La justice ferme les yeux sur cette pratique, reconnue comme utile par le peuple lui même et plusieurs projets de loi visant à l'interdire sont ignorés. Les duels attisent les passions du public et la réputation des "tricheurs" est mise à mal : le duel selon Guizot, est une chose "bonne, morale et salutaire" car c'est une justice qui permet d'atteindre les puissants, sans que ceux-ci ne puissent faire jouer leur influence.
Selon Maupassant, il faut "Préférer le duel au pistolet, car il laisse plus de place au sort aveugle", renouant avec la justice divine qu'était sensée représenter le duel.

"Si vous voulez se battre, se battez vous dehors !"

Le succès du duel, notamment en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie et en Italie (moins aux Etats-Unis où l'on tirait pour tuer) pour plusieurs raisons, notamment par le fait que ces pays représentèrent tous, à un moment, une puissante figure romantique.

On s'aperçoit avec le triomphe de Cyrano de Bergerac de Rostand ou des Trois Mousquetaires de Dumas qu'une certaine forme de romantisme imprègne les esprits de l'époque, face à l'industrialisation, le pragmatisme et l'aridité du Progrès. "Soyons des imbéciles, mais soyons le avec honneur". Les foules s'émeuvent de ces héros fantasques qui meurent pour l'honneur du nom de leur compagne, malgré des carrières prometteuses, comme Armand Carrel ou Evariste Galois ("Gardez mon souvenir, puisque le sort ne m'a pas donné assez de vie pour que la patrie sache mon nom").

Le duel est aussi un mode de revanche contre les changements de régimes ou l'envahisseur : certains "demi-solde" de l'armée française défaite provoquaient à Paris, le plus d'officiers étrangers possible, pour laver l'affront fait à leur Patrie blessée.
Enfin, c'est aussi une manière de se hisser au niveau de l'ancienne élite aristocratique, en se posant en chevalier : des journalistes qui demandent l'installation de salle d'arme dans les locaux jusqu'aux féministes qui demandent le droit de se battre, le duel devient le symbole de l'engagement ultime.
Enfin, le duel, c'est la volonté de l'individu contre la culture de la masse, le triomphe du "Je" romantique, face aux masses décrite par les politiques libérales et pragmatiques.

Utiliser le duel dans Achéron

Le duel est une bonne occasion d'ajouter une touche de dramatique à vos scénarios et de remuer un peu vos PJs. Bousculez vos joueurs les plus arrogants et les moins diplomates avec une provocation d'un PNJ excédé par leurs impairs, magnifiez vos PJs en les mettant face à leurs responsabilités dans un court moment de gloire et d'adrénaline : le duel, c'est le symbole du romantisme ! Sans compter que la plupart, à l'époque, ne se terminaient pas forcément par la mort de l'adversaire vaincus.
Un PNJ humilié pourra très bien nourrir un plan de vengeance à l'encontre de leur vainqueur, une histoire ancienne de duel pourra également faire ressurgir de noirs souvenirs : il existe mille et une façon de vous servir de ce petit élément pour donner un peu de richesse à vos scénarios.

Merci à M. Jean-Noël Jeannenet pour son colossal travail sur le sujet.


Un petit exemple de ce que pouvait donner un duel au pistolet (le film date de la fin du XIXe)


Gabriel Veyre - Duel au pistolet